Le 12 avr 2011

Smig ou pas Smig, là n’est pas la révolution !

A l’approche du 1er mai, l’on commence à entendre çà et là qu’il faut augmenter le SMIG. Certains le voient à 3 000 Dh, d’autres à 3 500 Dh. La posture des centrales syndicales sur le sujet est cohérente par rapport à leur mission qui consiste à demander toujours davantage pour les salariés qu’ils sont censés défendre et protéger. Enfin, à l’annonce de ces chiffres, du côté opérateurs économiques, les visages se figent, se crispent et voient déjà leur marge fondre comme neige au soleil.

Mais enfin, posons-nous les véritables questions et essayons de fournir de véritables solutions à un vrai problème qui est le pouvoir d’achat des citoyens marocains à revenu faible.

Abordons cette problématique sous l’angle du revenu et non du salaire uniquement.

Il est clair qu’au regard de l’augmentation du coût de la vie, du logement, de l’éducation et du système de santé, il est très difficile pour la majorité des Marocains de vivre de manière décente. Nier cette réalité serait irresponsable et ce serait faire preuve d’autisme.

Alors, devons-nous augmenter le Smig ou le revenu ?

Augmenter le smig de manière inconsidérée serait suicidaire pour notre économie et contre-productif. A l’heure où notre économie cherche un véritable souffle pour créer des millions d‘emplois afin de répondre aux aspirations légitimes de nos jeunes et moins jeunes, nous nous mettrions dans une situation où bon nombre de nos opérateurs économiques seraient en difficulté jusqu’à en perdre leur compétitivité. Cela, tout le monde le sait, y compris les centrales syndicales qui, aujourd’hui, sont au fait des questions économiques.

De ce fait, comment pouvons-nous apporter une réponse à ce besoin criant d’équité sociale dans une société qui donne une impression d’opulence et où les indicateurs macroéconomiques semblent plutôt au vert ? La répartition des richesses ne semble pas profiter aux bonnes personnes et ce n’est pas qu’une impression.

Certes, l’entreprise doit jouer son rôle d’intégrateur social en donnant un travail en fonction des compétences et de ses besoins de développement et en octroyant, par conséquent, le salaire adéquat. Lorsque l’entreprise réalise des bénéfices, elle doit répartir les fruits de son développement entre ses actionnaires bien sûr, mais également avec les autres parties prenantes, dont les salariés, sous forme soit d’augmentation soit de primes. Ce sont les règles dans les entreprises des économies modernes et surtout dans les entreprises performantes dotées d’un esprit de responsabilité durable.

Pour le reste, il n’appartient pas à l’entreprise d’assumer les écarts sociaux. C’est le rôle de l’Etat.

C’est pourquoi, il s’agit ici de poser la question du modèle social dont le Maroc a besoin. Un modèle qui fera que chaque citoyen se sentira reconnu et valorisé, et qui lui permettra surtout de vivre décemment.

Il incombe à l’Etat de bâtir un système dans lequel le revenu intègre le salaire et des allocations afin de construire un modèle de revenu acceptable pour tous et en fonction de la situation sociale de chacun.

En effet, au regard des enjeux actuels, le pouvoir d’achat, le logement, l’éducation et la santé, il devient impératif de poser ce modèle. Lorsque l’on sait que la caisse de compensation avec ses 35 milliards de Dh subventionne tous les Marocains sans distinction de revenus, cela n’est plus acceptable et totalement injuste.

Eduquer ses enfants devient de plus en plus coûteux, surtout dans un pays où le système éducation public a failli et continue à ne plus répondre aux besoins des parents.

On veut que les citoyens accèdent à la propriété sans se soucier véritablement de leur capacité à rembourser une traite sur 20 ou 30 ans. Et enfin, que dire de l’accès à la santé pour tous ?

Quel est le défi ? Faire la révolution en construisant un modèle social plus équilibré !

Certes, les salaires doivent suivre l’évolution de l’inflation. Et des augmentations individuelles en fonction des performances des unes et des autres doivent accompagner cette évolution. Mais le plus important, c’est d’imaginer que l’Etat doit enfin jouer son rôle : mieux répartir la caisse de compensation en ciblant la population concernée, créer une allocation éducation et une allocation logement.

En ce qui concerne la santé, on peut considérer qu’avec la mise en place de l’AMO et la RAMED, un début de réponse a été apporté.

Ainsi, le revenu des Marocains augmenterait et deviendrait plus décent au regard de l’évolution du coût de la vie dans notre pays.

Un salaire plus des allocations intégrant une meilleure répartition de la caisse de compensation, une allocation éducation et une allocation logement constitueraient le revenu qui serait une des bases du modèle social que nous devons construire pour avoir une société juste et équilibrée.

A chacun son rôle. L’entreprise prend les risques, entreprend, crée des emplois et paie (devrait payer…) des impôts. L’Etat doit assumer son rôle en créant les conditions d’une société juste où chaque citoyen se sent en sécurité (pas uniquement physique). Les partenaires sociaux doivent défendre les intérêts des salariés tout en veillant à ne pas mettre en péril l’agent économique qu’est l’entreprise.

Un modèle social permet d’asseoir une société en permettant à chacun de vivre et non de survivre. Il appartient à l’Etat d’assumer cette responsabilité.

Son objet n’est pas de cultiver l’égalité mais l’équité !

Faire la révolution, c’est oser prendre nos responsabilités pour apporter les réponses aux problèmes sociaux et économiques qui nous sont adressés par l’ensemble de la société marocaine.

Nous avons aujourd’hui une occasion historique d’écrire l’histoire d’un Maroc juste, ne la gâchons pas.


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