19 octobre 2015

Maroc : Et si on se parlait ?

Maroc,

Je voulais m’adresser à toi comme un ami, un fils dont l’admiration et l’affection qu’il te voue n’ont de limite que celle donnée par la vie.

Je suis venu à ta rencontre, il y a dix-huit ans, volontairement car le sang qui coule dans mes veines trouve sa source en ton sein et ne pouvait ignorer la soif de tous tes enfants à vouloir construire une nation parmi les nations.

Aujourd’hui, je me pose beaucoup de questions auxquelles je t’avoue ne pas trouver de réponses. Cela me déroute et m’interroge sérieusement.

Tu as fait beaucoup pour rattraper un retard certain, pour donner une physionomie et dessiner les contours d’un pays ouvert sur le marché, sur le monde.

Tu as construit des routes, des ports, tu as lancé des programmes pour lutter contre la pauvreté, essayé de remettre des enfants à l’école, apporté de l’eau et de l’électricité aux maisons isolées, esquissé des stratégies sectorielles qui marchent plutôt bien pour certaines et sont poussives pour d’autres.

Mais une main seule ne peut applaudir comme dirait le vieil adage. En effet, les fondamentaux n’ont pas beaucoup évolué ; ta jeunesse ne rêve plus et ne trouve pas de travail. Elle devient une génération « No Future ». Ta jeunesse se cherche un ailleurs, une revanche sur la vie.

Notre système éducatif a échoué, notre système de santé est en souffrance – pour ne pas dire aux urgences – depuis des années et notre justice se cherche un CAP avec un référentiel démocratique qui puisse servir de boussole aux citoyens pour leur garantir une forme d’équité.

Aujourd’hui, une forme d’obscurantisme nouveau s’installe subrepticement sans coup férir et m’inquiète, nous inquiète.

Des bisous Facebook, des robes, des shorts, des lynchages de citoyens aux mœurs différentes, l’accoutrement de stars planétaires durant leurs concerts, l’opprobre sur des films qui n’ont pas été vus et enfin, des citoyens qui s’érigent en censeurs et en justiciers. Que de signes de fébrilité qui montrent l’absence de lisibilité et de cadre quand nous ne pouvons porter de véritables réponses aux sujets économiques et sociaux.

Une société en crise de sens se tourne toujours vers la stigmatisation de l’autre pour se trouver un adversaire. Une manière d’exister et d’oublier les véritables raisons de ses propres échecs.

Que voulons-nous et où voulons-nous aller ?

Sa Majesté le Roi a déjà répondu à ces deux questions et il les rappelle sans cesse à chacun de ses discours. D’où les véritables questions : que se passe-t-il et que t’arrive-t-il, toi Maroc ?

Ton élite, tes partis politiques, tes institutions, tes ONG, tes enfants n’arrivent pas à s’entendre sur la destination et les étapes du voyage qui ont été clairement édictées par notre Monarque.

Pourquoi n’arrivons-nous pas à construire un agenda commun pour que chacun de tes enfants puisse continuer à t’admirer ? Tu es notre pays, tu es nous, nous sommes toi.

Pourquoi les valeurs de la médiocrité, de l’hypocrisie, du chacun pour soi, du népotisme prennent-elle le dessus sur le talent, la compétence, la réussite et l’intérêt général ?

Pourquoi les convictions, le talent, le sens de l’engagement et la réussite sont-ils suspects ? Pourquoi faut-il humilier pour exister ?

Pourquoi est-il nécessaire de bâtir sur des cendres plutôt que de capitaliser sur les réussites, ne fussent-elles pas les nôtres ?

Pourquoi les egos aveuglent-ils nos leaders alors que nous devons chercher la lumière pour éclairer le chemin du bien vivre ensemble ?

Pourquoi n’arrivons-nous pas à faire nôtre la maîtrise du temps pour rendre urgent ce qui doit l’être, pour t’aider à bâtir ce socle de valeurs ô combien nécessaire à la quête de sens et la construction d’une nation ?

Pourquoi, voulons-nous toujours opposer modernité et conservatisme ? De tout temps, la pensée monolithique et les dogmes ont créé des conflits et des guerres et nous n’en avons pas besoin. On peut être moderne avec des valeurs qui ont fait l’histoire de notre pays et on peut être attaché à une éducation et des croyances tout en acceptant l’évolution du monde.

La modernité, ce n’est pas les buildings que nous construisons ni les lieux où nous nous amusons. Et le conservatisme, ce n’est pas le retour à la pelle, à la pioche ou l’enfermement dans une société monolithique dictée par une voie et une seule.

De quoi avons-nous peur ? De nous-mêmes, en réalité.

Par ta singularité, tu as toujours marqué l’histoire. Sommes-nous devenus incapables de nous interroger sur notre capacité à entrer dans une ère nouvelle ?

Tu as besoin d’amour et de preuves d’amour. Face à  ceux qui te clament leur patriotisme de façade, il y a ceux qui souffrent pour toi et qui te disent : il nous faut réagir car les turbulences et la tectonique créent des fissures dans le socle des valeurs qui ont fait ce pays et qui lui ont permis de traverser les siècles.

Maroc, tu dois entendre qu’être patriote, ce n’est pas dans les mots mais dans les actes et l’engagement. Il faut faire la preuve et partant, montrer au quotidien comment on pose sa pierre de cet édifice qui doit te protéger des courtisans et te réconcilier avec les véritables artisans.

Maroc, tu dois apprendre à accepter la différence, la singularité. La démocratie, ce n’est pas la pensée unique. Ce n’est pas s’invectiver et crier plus fort que l’autre. Tu es pluriel et tu dois apprendre à vivre avec l’ensemble de tes composantes. Tu es riche parce que tu es pluriel.

La démocratie, c’est accepter que nous puissions avancer ensemble, sans pour autant être d’accord sur tout mais sur l’essentiel. Le sens du projet et le socle de valeurs.

Notre constitution est pourtant claire sur le respect des libertés, de la différence. Cette constitution est plutôt adaptée et équilibrée et ne peut souffrir de plusieurs lectures. Une et une seule. Elle n’est pas une variable d’ajustement sociétal, elle est la société que nous avons déjà décidé de bâtir.

Faire de toi, Maroc, un pays singulier qui a toujours su vivre dans la pluralité des êtres et assumer sa modernité et son ancrage dans un socle de valeurs respectueux de ses traditions. C’est le sens de cette constitution.

C’est ce Maroc-là, que nous aimons, que nous voulons et que nous cherchons à faire aimer au monde…

A l’heure où il est difficile de batailler économiquement et socialement, arrêtons de nous tirer des balles dans le pied. A l’heure où des acteurs économiques, sociaux, intellectuels, des artistes se battent chacun dans son univers pour porter la parole d’un pays en devenir, ne donnons pas l’image d’un pays qui recule. Des clans qui se comptent. Nous sommes tous des Marocains de sang ou de cœur.

Nous sommes tous co-responsables de cette situation et en même temps nous avons tous entre les mains les moyens de lutter contre ces intolérances pour nous ramener vers la voie de la raison. Car le fatalisme est dans nos têtes.

Nous devons apprendre à faire des additions de nos forces plutôt que de vouloir réduire celles des autres… Le développement se construit mais le sous-développement s’entretient. A nous de choisir.

Nos véritables ennemis sont le chômage, l’analphabétisme, l’illettrisme, l’absence  d’un système éducatif pour tous et de qualité, un système de santé accessible à tous sans distinction de moyens, la fébrilité de notre justice, notre modèle de croissance inclusif, notre économie informelle.

Nous avons besoin d’évoluer vers une société plus culturelle, plus intellectuelle, plus ouverte sur le monde car nous sommes dans le monde, ni à côté ni derrière.

Ce sont là nos champs de bataille. Nous ne manquons pas de soldats, mais de tactique et de leaders pour déployer la stratégie fixée par Sa Majesté.

A l’heure d’internet, des générations geek, des réseaux sociaux où tout se dessine, se construit et se déconstruit de manière instantanée, on ne lutte pas contre le sens de l’histoire. Tout le monde sait tout, sur tout et sur tout le monde. Vivre avec son temps et ses évolutions est la meilleure garantie pour toi, Maroc.

Maroc, ne t’oublie pas,

Maroc, tu peux réussir là ou certains veulent que tu échoues.

J’ai écrit en son temps un livre intitulé « Envie de Maroc » pour  partager et dire tes qualités, et parler également de tes défis.

Aujourd’hui, il ne faut pas que cette envie s’estompe. Il faut réactiver le moteur de la fibre patriotique car c’est l’envie d’ailleurs qui est en  train de s’installer et cela n’est pas acceptable pour tous les véritables patriotes, mais humainement très compréhensible.

Maroc, j’ai posé mes questions auxquelles je ne trouve pas de réponses, mais je souhaite comme beaucoup que notre chemin s’éclaircisse pour faire ce voyage auquel chacun de tes enfants aspire : Un Maroc pour tous, Un Maroc avec tous.

Maroc, réveille-toi.

JB

Marocain Résolument Engagé