3 février 2015

Je suis Dialogue social…

Je suis Dialogue social car le moment est venu qu’une union sacrée réforme notre pays et nous donne les moyens de devenir un pays émergent.

Je suis Dialogue social car l’enjeu de la redistribution des richesses trouve son préalable dans la création de celles-ci.

De quoi parlons-nous ?

Un taux de croissance de 4,8 % pour 2015. Voilà ce que nos prévisionnistes augurent pour notre pays.

Nous devrions nous en féliciter car bon nombre de pays nous envieraient cette croissance. En même temps, soyons réalistes. Cette prévision sera la conséquence directe d’une pluviométrie généreuse et c’est tant mieux pour notre pays et nos agriculteurs.

En revanche, si l’on creuse la croissance hors agricole, nous savons qu’elle est loin de répondre aux enjeux clés de notre pays et, plus particulièrement, celui du chômage.

La croissance, comme chacun sait, ne se décrète pas. Elle est d’abord le fruit d’une vision et d’une stratégie suivie d’un plan d’exécution.

La vision a été clairement exprimée et régulièrement rappelée dans les discours de Sa Majesté. Un Maroc prospère, plus juste, où chaque citoyen contribue en fonction de ses moyens et participe au développement de la collectivité. Un Maroc avec un contrat social par et pour les Marocains qui pérennise notre modèle de société et partant, intégrer le club des pays émergents.

La mise en œuvre de cette vision doit être mieux traduite en stratégies. Certes, des stratégies sectorielles ont été conceptualisées, mais la plupart manquent de cohérence, d’anticipation et de mise en œuvre.

Sachons reconnaître nos échecs et également nos succès. En effet, il est temps que nous gagnions collectivement en maturité et en responsabilité pour redéfinir nos stratégies et nos priorités. C’est ainsi, et seulement ainsi, que nous pourrons dessiner un plan d’exécution efficace avec des indicateurs pour mesurer nos voies de progrès.

Les enjeux de notre pays sont connus à travers différents rapports et, sur ce point, il y a un large consensus :

  • Une croissance supérieure à 8 % durant au moins dix ans pour commencer à résorber notre chômage devenu structurel,
  • Plus de compétitivité en repensant le coût du travail par une réaffectation des charges qui ne doivent pas être imputées aux entreprises, et une meilleure formation des compétences sur le marché du travail,
  • Une lutte acharnée contre l’informel « structuré » pour rétablir l’ordre concurrentiel et optimiser la compétitivité des opérateurs économiques en luttant  contre la délinquance sociale qui doit être criminalisée, sans quoi les salariés continueront de se sentir en insécurité permanente. Cela procurera à l’Etat de meilleures recettes sociales et fiscales,
  • Des réformes majeures du marché du travail avec une adaptation du Code du travail à l’économie moderne et aux nouveaux enjeux des entreprises et des salariés,
  • Un texte sur le droit de grève pour installer la confiance avec les opérateurs économiques et les futurs investisseurs, et ne plus les laisser en insécurité permanente jusqu’à mettre en danger la pérennité de leur outil et de leur capital,
  • le déploiement d’une flexibilité responsable pour donner plus de souplesse aux acteurs économiques et plus de sécurité aux salariés,

La liste peut être plus longue, mais il s’agit là de fondamentaux pour relancer durablement la machine à fabriquer de la croissance et la création d’emplois ainsi que l’accompagnement des plans sectoriels qui sont déjà en exécution.

Cependant, toutes ces réformes ne pourront prendre forme sans un dialogue social construit, durable, dans un esprit de patriotisme avéré, sans calcul ni agenda particulier.

Car le monde vit une période de profondes mutations qui impose de redéfinir les modèles de gestion, de management, de proposer de nouvelles valeurs et de réinventer les systèmes sociétaux.

Nos entreprises évoluent dans un monde ambigu et complexe où les certitudes n’existent plus, un monde où la croissance est moins une affaire de développement qu’une stratégie de réduction de coûts.

Le dialogue social n’est pas une option. Obligation nous est faite de changer de paradigme et d’accepter une rupture dans nos croyances et nos postures sur ce sujet. Le patronat marocain a initié un virage historique dans ce sens avec les syndicats, même s’il reste beaucoup à faire.

Le dialogue social ne doit plus être perçu ni mené dans une logique de gagnant ou de perdant. Ce temps est révolu. Sur ce sujet, il nous faut reconnaître que les syndicats ont fait des efforts. Il reste à confirmer, par des actes forts, leurs engagements dans le projet de transformation de notre pays.

Je suis Dialogue social, c’est mettre nos intérêts catégoriels de côté pour asseoir un contrat social pour tous. Dans cette perspective, l’Etat doit repenser sa vision et installer la confiance à priori comme le socle d’un modèle social partagé. L’Etat doit repenser un nouveau mode de dialogue et l’inscrire dans notre Constitution.

Nous devons collectivement accepter, qu’il n’y a pas de progrès économique sans progrès social et pas de progrès social sans progrès économique.

C’est pourquoi, nous devons impérativement organiser un sommet social pour que nous soyons les architectes de ce nouveau Maroc, où l’entreprise n’est plus perçue comme l’ennemi de l’Etat ou des syndicats, mais bien un co-créateur de richesses pour le bien de tous.

Alors soyons patriotes et changeons de logiques pour réformer ensemble et non pas contre, car rien n’est plus dangereux que les frustrations qui se nourrissent en silence et qui un jour nous réveilleront, hagards. Ce jour-là, il sera trop tard.

Le dialogue social est un enjeu national de sécurité économique et sociale, il nécessite une union sacrée.

Et si nous faisions du dialogue social un élément constitutif de notre capital immatériel ?

Les hommes deviennent grands par les valeurs qu’ils défendent et les actes qui font leurs cohérences.

Alors, nous sommes dialogue social ?

Jamal Belahrach