Le 27 nov 2013

Diaspora et retour, entre mythes et réalités

L’intérêt croissant du Maroc et de ses responsables politiques et économiques pour sa diaspora est heureux car cela présuppose que l’avenir du Maroc est à construire avec cette communauté. Celle-ci a fait le choix de s’expatrier ou bien, du fait des générations, elle est définitivement ancrée dans son pays d’accueil, comme on dit dans la sémantique sur ce sujet.Et disons-le, sans les différents messages de Sa Majesté à travers ses discours successifs, la diaspora.

marocaine ne serait pas ce nouveau corpus qui est en cours d’édification pour s’intégrer définitivement dans le projet sociétal que nous propose Sa Majesté le Roi, Mohammed VI.

En revanche, il nous reste un travail préalable pour nommer définitivement cette communauté tantôt baptisée diaspora, tantôt MRE, voire TME par les anciens.

Pour ma part, j’ai toujours considéré que le mot « diaspora » était juste. Nonobstant les réticences de certains qui lui donnent une connotation religieuse, je préfère garder son étymologie initiale. La notion de MRE est réductrice car elle désigne une typologie de personnes qui sont simplement résidentes dans un pays tiers. Elles y sont nées, y travaillent, et souvent sont citoyennes au sens politique du terme. Intégrées ou assimilées, c’est selon. Pour autant, elles sont très attachées à leur pays d’origine ou à celui de leurs parents ou arrière-grands-parents.

Nous ne sommes plus en présence d’une immigration avec objectif de retour, mais bien d’une population qui a choisi de s’ancrer de plus en plus dans le pays d’accueil.

Les mots sont importants et peuvent préfigurer de futurs comportements et de définitions identitaires, et bien entendu de stratégies associées.

Politiquement, il serait également souhaitable d’avoir une position claire vis-à-vis de la diaspora. Ce serait un acte fort que de dire aux membres de la diaspora qu’ils sont d’abord des citoyens de leurs pays d’accueil respectifs, dans lesquels il doivent se conformer aux règles ainsi qu’aux us et coutumes, et qu’il ne doivent pas pour autant en oublier leur pays d’origine. Leur redonner une fierté et les aider à avoir une vision objective et moderne de leur pays d’origine ainsi qu’un espace d’expression. La construction identitaire est souvent difficile au sein des communautés binationales. C’est pourquoi, le message à communiquer à travers cette démarche doit être le plus clair possible.

Depuis l’avènement de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, la diaspora marocaine s’intéresse fortement à toutes les formes d’évolution et partant, se pose la question soit d’un retour, soit d’un projet d’investissement. Dans tous les cas de figure, la diaspora marocaine a une réelle volonté de contribuer à ce nouveau projet de société.

Au-delà des devises annuelles envoyées par la diaspora, il est important de savoir que 75 % de cette manne financière sert à soutenir économiquement les familles restées au Maroc. Si cet apport important est heureux, il n’en est pas moins inquiétant car cette source pourrait se tarir un jour.

Ces derniers temps, on parle beaucoup de retour de membres de la communauté diasporique au Maroc. Il s’agit plus d’un fantasme collectif que d’une réalité. En effet, des expériences de retour existent, mais elles restent marginales.

D’abord, parce qu’en fonction de la typologie des personnes qui reviennent au Maroc, l’intégration est plus ou moins difficile. Enfant de l’immigration ou expatrié pour une durée plus ou moins courte, le problème n’est pas le même.

Ma propre expérience a été douloureuse à certains égards et je peux comprendre pourquoi certains ne restent pas. C’est d’ailleurs ce qui nous a amenés, avec certains amis binationaux qui sont rentrés, à créer une association (www.ridm-maroc.com) pour accompagner les candidats au retour et leur permettre de mieux s’intégrer économiquement et socialement. Nous allons créer la maison de la diaspora à Casablanca et nous espérons, dans le cadre de la régionalisation, en créer une dans chaque nouvelle région.

Le retour ne s’improvise pas. D’ailleurs, le discours ambiant pour la promotion du retour est une erreur à mon sens, parce qu’une fois que les personnes arrivent au Maroc, elles sont livrées à elles-mêmes et deviennent des citoyens lambda.

Non pas qu’il faille créer une citoyenneté d’un nouveau genre, mais il faut absolument comprendre que le référentiel de la diaspora est différent et qu’il faut une véritable politique d’accompagnement pour éviter les échecs d’intégration pour certains et de réintégration pour d’autres.

Le « retour au pays » est un vrai parcours du combattant. Tous les maux ont été identifiés, mais à ce jour rien n’est encore réglé. Viennent ensuite les fondamentaux, s’agissant de la maîtrise de la langue, des codes de la société marocaine, la lourdeur administrative souvent irrationnelle et enfin les relations professionnelles. Vous comprendrez que cela fait beaucoup à intégrer. Imaginez alors, et c’est d’autant plus méritoire, ce qu’ont pu vivre nos parents à l’heure des premières heures d’immigration dans les années 60.

Les communautés qui forment la diaspora vivent dans des univers différents, en Europe, en Asie, en Afrique et dans les pays anglo-saxons. Elles ont été formatées pour vivre dans leur environnement et par conséquent leurs difficultés d’intégration ne peuvent qu’être évidentes. C’est pourquoi, j’insiste sur le regard porté sur la diaspora et le procès qui lui est souvent fait sur ses comportements, son fonctionnement, sa psychologie. C’est ainsi. Il faut apprendre à accepter l’autre et surtout l’aider plutôt que de le condamner.

Cela ne nous empêche pas d’être de véritables patriotes, mais il y a une différence qu’il faut accepter et avec laquelle il faudra composer durablement si nous voulons construire une société plurielle dans laquelle, véritablement, les richesses naissent des différences. C’est à ce prix que la construction de l’édifice du nouveau Maroc se fera.

Au sein de notre association, nous l’avons compris et nous allons tout faire pour faciliter la vie de nos compatriotes et faire en sorte que les opportunités qui émergent actuellement au Maroc soient connues de tous, sans créer d’illusions.

Tous les acteurs qui travaillent sur la diaspora, les chancelleries marocaines dans les pays d’accueil, les chancelleries étrangères au Maroc ainsi que les régions devront se mobiliser pour créer de véritables conditions d’accueil et d’intégration. Il ne suffit plus de créer des guichets de banques ou des salons de l’immobilier.

Nous avons créé tous les mécanismes possibles et imaginables et toutes les institutions ont joués leurs partitions pour séduire et faire leur marketing. La véritable dimension qui manque à tout cela, c’est l’humanisme et la relation de proximité qu’il nous faut créer avec cette communauté. Nous avons besoin de mettre de la sincérité dans nos messages. C’est fort de cela que nous donnerons envie à la diaspora de contribuer davantage.

La diaspora a un autre visage, des compétences nouvelles, une personnalité forte et des attentes. Il faut que la diaspora fasse preuve d’humilité, mais il nous faut, ici, prouver que nous avons tous envie de bien vivre ensemble.

Je conclurai en disant qu’être patriote, c’est ce que nous faisons et la manière dont nous contribuons à notre pays pour le bien de l’intérêt général, qu’importe le lieu d’où nous le faisons.

Jamal BELAHRACH


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3 réflexions au sujet de « Diaspora et retour, entre mythes et réalités »

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