19 février 2015

Chômage des jeunes : alerte Rouge !

Chômage des jeunes : alerte Rouge !

À l’heure où certains chiffres macroéconomique 2014 pourraient nous conduire vers un optimisme de conjoncture, certes, appréciable pour l’état de notre comptabilité  publique, nous devrions plutôt avoir l’obligation de la pudeur et de l’humilité face aux derniers chiffres sur le chômage.

La réforme de la caisse de compensation est une réforme stratégique et à été mené de manière courageuse politiquement et assumé socialement. Il fallait le faire, le gouvernement l’a enfin fait. L’histoire le retiendra.

Mais une hirondelle ne fait pas le printemps.

Une croissance qui n’inclut pas, de fait, exclut, marginalise et enclenche le cercle irévertueux  de l’échec et gonfle les rangs des extrêmes

Soyons factuels pour éviter tout procès en pessimisme et partant, oublier l’essentiel, c’est à dire comment réagir ensemble à lutter efficacement contre ce fléau qui touche notre principale capital immatériel : notre jeunesse.

Notre pays avec environs ses 950 milliards de DHS de PIB a créé seulement 21 000 emplois en net. Ce chiffre résulte d’un delta entre 58000 création et 37000 pertes d’emplois. Soit un Tx de chômage à 10% au niveau national et près de 15% en milieu urbain (80% des chômeurs sont des citadins).

Je ne referais pas ici l’analyse du détail (voir note du HCP) mais je me concentrerai particulièrement sur les chiffres concernant notre jeunesse.

Dans la tranche d’âge 15 à 24 ans, le taux de chômage est passé de 19,3 à 20,1% et parmi les détenteurs de diplômes de 16,3% à 17,2.

Pour mieux comprendre la gravité de la situation, nous devons prendre nos loupes et bien lire les chiffres concernant cette population de jeunes :

  • Près des deux tiers (62,6%) sont âgés de 15 à 29 ans ;
  • Plus du quart (27,6%) détiennent un diplôme de niveau supérieur
  • Près de la moitié (45,4%) sont primo-demandeurs d’emploi

Face à ces chiffres, comment pourrions-nous, faire preuve de satisfecit alors que nous sommes entrain de marginaliser l’avenir de notre pays.

Comment expliquer le silence assourdissant de la classe politique sur cette situation ?

Est-ce qu’une réponse sur la baisse de la dette, du déficit, du nombre de mois en devise disponibles à cette jeunesse en quête de travail est une réponse crédible et en capacité de les rassurer sur leur avenir ?

Personne ne remet en cause la logique économique. Une bonne santé économique est un préalable mais, ce développement non inclusif ne répond pas aux objectifs d’un pays émergent qui veut donner une place à chacun.

Pour cette jeunesse totalement marginalisé du développement, le discours sur les agrégats économiques est inaudible et cela est compréhensible…

Il est impératif, que nous prenions conscience de la gravité de la situation au-delà de la posture et des mots dans lesquelles nous excellons.

On ne peut pas dire que le chômage est une priorité nationale et ne rien faire ou presque.

Des parties politiques, aux partenaires sociaux en passant par le gouvernement, notre responsabilité est engagée face à ce fléau.

Certes, la baguette magique n’existe pas et il serait dangereux et populiste de faire croire que ce sujet dépend d’un gouvernement seul. Il est le problème de tous.

Il s’agit ici de transcender les idéologies et les postures pour initier un mouvement pour la dynamique économique et sociale.

Sans une croissance continue supérieure à 6%, nous ne résorberons pas le chômage. Oui cette croissance est possible. Mais pas seulement avec de l’incantation.

Il nous faut agir vite et fort en matière de réformes. D’abord, il nous faut être d’accord avec le diagnostic de la situation et le niveau élevé d’urgence.

Education, réforme de la formation professionnelle, marché du travail ; flexibilité responsable, protection sociale, législation, que des réformes urgentissimes et qui pour certaines auront un effet sur le moyen et long terme.

Compétitivité et croissance sont la clé du développement économique. Si, l’on intègre le capital humain et le dialogue social dans la définition de la compétitivité, nous comprendrons alors que l’étroitesse des liens est évidente, et partant, que le temps ne joue pas pour notre pays.

L’augmentation du Smig ne fait pas une politique sociale. Nous pouvons considérer que les revenus sont bas.

Mais le véritable objectif commun est de créer de l’activité (notre tx d’activité est faible et en particulier celui des femmes inférieur à 27%) pour tous et faire en sorte que tous les acteurs payent leurs tribus à la force publique pour bénéficier des services auxquels chacun a droit.

J’en appelle à toutes les parties prenantes de prendre la mesure du défi qu’est l’emploi des jeunes. La mutation de notre modèle économique devient une nécessité absolue pour accélérer notre rythme de croissance.

J’en appelle à toutes les parties prenantes de prendre conscience du risque que nous prenons en restant dans l’inaction.

Ici, il ne s’agit pas d’argent mais plutôt, mais d’avoir les hommes et les femmes innovants pour construire une vision globale et à long terme sur cette problématique.

Pour cela, mettons nous autour d’une table, ici et maintenant.

Jamal Belahrach