Le 16 avr 2009

Article 13 de la Constitution ?

Tradition du week-end oblige, revue de presse et lecture sont au programme. Par le fait du hasard, j’ai mis la main sur la Constitution marocaine, version du mois de mai 1996, pour laquelle j’avais voté à travers le référendum initié par feu sa Majesté Hassan II, alors que j‘étais encore Drouais.

J’ai trouvé ce document très instructif et en même temps révélateur de nos paradoxes, de nos contradictions, s’agissant de nos comportements au quotidien.

A la lecture de cette Constitution, le regard profane du citoyen que je suis s’interroge sur la connaissance – voire sur la maîtrise – de cette Constitution par nos « élites » de toutes sortes et de nos leaders politiques en particulier.

En effet, tout y est pour faire de notre pays, un pays aussi démocratique que n’importe quel autre de la planète, et tout est réuni pour faire de nous de véritables citoyens acteurs de leur développement. Et pourtant, nous sommes loin de la mise sur orbite.

Non pas que tout aille mal et que l’on n’avance pas… Je ne céderai pas au pessimisme (je pense avoir plutôt démontré le contraire) qui peut prévaloir dans certains environnements, mais de ma fenêtre, cela ne va pas assez vite, dans un monde qui, lui, avance à grand pas.

Que l’on ne me dise pas que notre inertie est normale car nous avons nos traditions. Les traditions sont un socle et non un frein. Si la Constitution est un cadre de référence pour un pays, elle doit être respectée à la lettre ou alors être adaptée en fonction de l’évolution du monde, et de la société et de ses nouveaux impératifs.

C’est pourquoi, l’article 13 de notre Constitution me fait réfléchir à plusieurs titres. De quoi s’agit-il ? L’article 13 stipule : « Tout citoyen marocain a droit à l’éducation et au travail ».

Cela signifie que, si nous prenons cet article à la lettre, notre taux d’analphabétisme devrait être voisin de zéro, tous nos jeunes sortent bien formés de l’école et en mesure de trouver un travail – un droit fondamental puisque inscrit dans la Constitution, donc dans le marbre – et enfin, le chômage devrait être de zéro pourcent puisque l’Etat doit garantir un emploi à tout citoyen. Vous m’avez compris : il en n’est rien puisque nous connaissons tous notre situation nationale sur l’éducation, les compétences disponibles sur le marché et le monde du travail.

Je vous passerai donc les chiffres car ils sont publics (les officiels et les officieux). Je veux m’intéresser ici au fond du problème et éviter une polémique sur les chiffres, car souvent les polémiques cachent les faiblesses et on préfère alors batailler sur la forme plutôt que sur le fond. L’éducation est une fonction régalienne dévolue à l’Etat.

Tout citoyen doit pouvoir bénéficier d’un apprentissage des fondamentaux quel que soit l’endroit où il vit, quels que soient ses moyens. Nous savons que nous avons échoué puisque notre taux d’analphabètes est encore élevé. Un retard colossal a été pris ces quarante dernières années. A qui la faute ? Ce n’est pas mon sujet, car je veux regarder devant.

Ma véritable question est qu’à ce jour nous n’avons pas de projet suffisamment ambitieux pour mobiliser la nation sur cette question et accompagner le nouveau Maroc que nous appelons tous de nos vœux.

Enfin, je crois que nous le voulons tous. Les réformettes ne sont plus suffisantes. Une touche par-ci, une touche par-là. Sur une question aussi cruciale, il faut une mobilisation nationale, patriote, qui dépasse les clivages idéologiques.

Le Maroc est dans la mondialisation, nos entreprises sont dans la compétition, le développement de la connaissance devient un véritable enjeu politique et économique.

Le nouveau terrain de jeu de nos enfants est devenu mondial et leur village aussi grâce à Internet. Devons-nous accepter que seule une poignée de citoyens ait accès au savoir ? A qui devons-nous nous comparer ? Aux pays du Sud, souvent aussi mal lotis que nous ? Ou bien aux pays du Nord ? L’urgence est-elle d’imposer l’arabe (à quoi bon, puisque c’est la langue officielle dans notre Constitution) comme seul vecteur de communication pour faire plaisir à certains partis politiques (démarche totalement politicienne au demeurant, qui d’ailleurs est une des causes de la situation actuelle), ou bien inciter à la maîtrise de plusieurs langues pour pouvoir accéder au savoir, à la connaissance et faire sa place dans le monde du travail contemporain ? Doit-on laisser la société civile compenser les carences de l’Etat en matière d’éducation dans le rural, ou bien mettre les moyens pour que ces citoyens soient reconnus comme tels ? Autant de questions qui me font écrire que nous sommes en train de passer à côté de l’histoire.

Dans tous les discours de sa Majesté, on retrouve le contour d’une vision éducative claire. Où est le plan d’action ambitieux, le véritable socle d’une nation ? Plan vert, plan Emergence, plan X, Y, Z. que de plans – certes nécessaires – mais il nous manque ce plan d’éducation AMBITIEUX qui va redonner confiance aux familles et une vision d’avenir à la nation tout entière.

Cette vision fait partie d’un modèle de société que l’on doit dessiner pour l’avenir pour nos enfants. Il y a tant de spécialistes qui ont planché sur le sujet… Enfin, s’agissant du droit au travail, j’estime que le travail n’est pas un droit. C’est la compétence d’un individu qui lui donne l’opportunité de trouver un travail dans une entreprise qui aurait besoin de son savoir et de son savoir-faire. C’est parce que l’Etat a véhiculé pendant des années le message selon lequel le travail serait un droit que nos diplômés chômeurs pointent devant le Parlement. Ce n’est pas rendre service au pays que d’avancer ce genre de principe et surtout de l’entretenir.

La dernière décision du gouvernement de réserver des postes dans certaines administrations pour des diplômés chômeurs est une faute politique aux conséquences majeures pour toute la communauté du travail et des futurs diplômés.

A l’heure où la crise sévit, où les entreprises se battent pour survivre, il nous faut développer des messages de culture de l’effort et non d’assistanat. La solidarité nationale doit jouer son rôle mais elle ne consiste pas à donner un droit au travail. Halte aux clientélismes ! Construisons un véritable projet qui développera les compétences donnant ainsi la chance à tout un chacun de trouver un travail à sa mesure. Qu’attendons-nous ? Qu’attendez-vous messieurs les décideurs, les politiques ? La compétitivité d’un pays se mesure aussi par le niveau d’éducation, de formation de ses citoyens et sa capacité sanitaire. Le PIB seul ne suffit plus.

L’éducation pour tous et partout ! Messieurs, la vision existe. A vos plumes pour le Plan Savoir 2030 !


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