19 octobre 2015

Maroc : Et si on se parlait ?

Maroc,

Je voulais m’adresser à toi comme un ami, un fils dont l’admiration et l’affection qu’il te voue n’ont de limite que celle donnée par la vie.

Je suis venu à ta rencontre, il y a dix-huit ans, volontairement car le sang qui coule dans mes veines trouve sa source en ton sein et ne pouvait ignorer la soif de tous tes enfants à vouloir construire une nation parmi les nations.

Aujourd’hui, je me pose beaucoup de questions auxquelles je t’avoue ne pas trouver de réponses. Cela me déroute et m’interroge sérieusement.

Tu as fait beaucoup pour rattraper un retard certain, pour donner une physionomie et dessiner les contours d’un pays ouvert sur le marché, sur le monde.

Tu as construit des routes, des ports, tu as lancé des programmes pour lutter contre la pauvreté, essayé de remettre des enfants à l’école, apporté de l’eau et de l’électricité aux maisons isolées, esquissé des stratégies sectorielles qui marchent plutôt bien pour certaines et sont poussives pour d’autres.

Mais une main seule ne peut applaudir comme dirait le vieil adage. En effet, les fondamentaux n’ont pas beaucoup évolué ; ta jeunesse ne rêve plus et ne trouve pas de travail. Elle devient une génération « No Future ». Ta jeunesse se cherche un ailleurs, une revanche sur la vie.

Notre système éducatif a échoué, notre système de santé est en souffrance – pour ne pas dire aux urgences – depuis des années et notre justice se cherche un CAP avec un référentiel démocratique qui puisse servir de boussole aux citoyens pour leur garantir une forme d’équité.

Aujourd’hui, une forme d’obscurantisme nouveau s’installe subrepticement sans coup férir et m’inquiète, nous inquiète.

Des bisous Facebook, des robes, des shorts, des lynchages de citoyens aux mœurs différentes, l’accoutrement de stars planétaires durant leurs concerts, l’opprobre sur des films qui n’ont pas été vus et enfin, des citoyens qui s’érigent en censeurs et en justiciers. Que de signes de fébrilité qui montrent l’absence de lisibilité et de cadre quand nous ne pouvons porter de véritables réponses aux sujets économiques et sociaux.

Une société en crise de sens se tourne toujours vers la stigmatisation de l’autre pour se trouver un adversaire. Une manière d’exister et d’oublier les véritables raisons de ses propres échecs.

Que voulons-nous et où voulons-nous aller ?

Sa Majesté le Roi a déjà répondu à ces deux questions et il les rappelle sans cesse à chacun de ses discours. D’où les véritables questions : que se passe-t-il et que t’arrive-t-il, toi Maroc ?

Ton élite, tes partis politiques, tes institutions, tes ONG, tes enfants n’arrivent pas à s’entendre sur la destination et les étapes du voyage qui ont été clairement édictées par notre Monarque.

Pourquoi n’arrivons-nous pas à construire un agenda commun pour que chacun de tes enfants puisse continuer à t’admirer ? Tu es notre pays, tu es nous, nous sommes toi.

Pourquoi les valeurs de la médiocrité, de l’hypocrisie, du chacun pour soi, du népotisme prennent-elle le dessus sur le talent, la compétence, la réussite et l’intérêt général ?

Pourquoi les convictions, le talent, le sens de l’engagement et la réussite sont-ils suspects ? Pourquoi faut-il humilier pour exister ?

Pourquoi est-il nécessaire de bâtir sur des cendres plutôt que de capitaliser sur les réussites, ne fussent-elles pas les nôtres ?

Pourquoi les egos aveuglent-ils nos leaders alors que nous devons chercher la lumière pour éclairer le chemin du bien vivre ensemble ?

Pourquoi n’arrivons-nous pas à faire nôtre la maîtrise du temps pour rendre urgent ce qui doit l’être, pour t’aider à bâtir ce socle de valeurs ô combien nécessaire à la quête de sens et la construction d’une nation ?

Pourquoi, voulons-nous toujours opposer modernité et conservatisme ? De tout temps, la pensée monolithique et les dogmes ont créé des conflits et des guerres et nous n’en avons pas besoin. On peut être moderne avec des valeurs qui ont fait l’histoire de notre pays et on peut être attaché à une éducation et des croyances tout en acceptant l’évolution du monde.

La modernité, ce n’est pas les buildings que nous construisons ni les lieux où nous nous amusons. Et le conservatisme, ce n’est pas le retour à la pelle, à la pioche ou l’enfermement dans une société monolithique dictée par une voie et une seule.

De quoi avons-nous peur ? De nous-mêmes, en réalité.

Par ta singularité, tu as toujours marqué l’histoire. Sommes-nous devenus incapables de nous interroger sur notre capacité à entrer dans une ère nouvelle ?

Tu as besoin d’amour et de preuves d’amour. Face à  ceux qui te clament leur patriotisme de façade, il y a ceux qui souffrent pour toi et qui te disent : il nous faut réagir car les turbulences et la tectonique créent des fissures dans le socle des valeurs qui ont fait ce pays et qui lui ont permis de traverser les siècles.

Maroc, tu dois entendre qu’être patriote, ce n’est pas dans les mots mais dans les actes et l’engagement. Il faut faire la preuve et partant, montrer au quotidien comment on pose sa pierre de cet édifice qui doit te protéger des courtisans et te réconcilier avec les véritables artisans.

Maroc, tu dois apprendre à accepter la différence, la singularité. La démocratie, ce n’est pas la pensée unique. Ce n’est pas s’invectiver et crier plus fort que l’autre. Tu es pluriel et tu dois apprendre à vivre avec l’ensemble de tes composantes. Tu es riche parce que tu es pluriel.

La démocratie, c’est accepter que nous puissions avancer ensemble, sans pour autant être d’accord sur tout mais sur l’essentiel. Le sens du projet et le socle de valeurs.

Notre constitution est pourtant claire sur le respect des libertés, de la différence. Cette constitution est plutôt adaptée et équilibrée et ne peut souffrir de plusieurs lectures. Une et une seule. Elle n’est pas une variable d’ajustement sociétal, elle est la société que nous avons déjà décidé de bâtir.

Faire de toi, Maroc, un pays singulier qui a toujours su vivre dans la pluralité des êtres et assumer sa modernité et son ancrage dans un socle de valeurs respectueux de ses traditions. C’est le sens de cette constitution.

C’est ce Maroc-là, que nous aimons, que nous voulons et que nous cherchons à faire aimer au monde…

A l’heure où il est difficile de batailler économiquement et socialement, arrêtons de nous tirer des balles dans le pied. A l’heure où des acteurs économiques, sociaux, intellectuels, des artistes se battent chacun dans son univers pour porter la parole d’un pays en devenir, ne donnons pas l’image d’un pays qui recule. Des clans qui se comptent. Nous sommes tous des Marocains de sang ou de cœur.

Nous sommes tous co-responsables de cette situation et en même temps nous avons tous entre les mains les moyens de lutter contre ces intolérances pour nous ramener vers la voie de la raison. Car le fatalisme est dans nos têtes.

Nous devons apprendre à faire des additions de nos forces plutôt que de vouloir réduire celles des autres… Le développement se construit mais le sous-développement s’entretient. A nous de choisir.

Nos véritables ennemis sont le chômage, l’analphabétisme, l’illettrisme, l’absence  d’un système éducatif pour tous et de qualité, un système de santé accessible à tous sans distinction de moyens, la fébrilité de notre justice, notre modèle de croissance inclusif, notre économie informelle.

Nous avons besoin d’évoluer vers une société plus culturelle, plus intellectuelle, plus ouverte sur le monde car nous sommes dans le monde, ni à côté ni derrière.

Ce sont là nos champs de bataille. Nous ne manquons pas de soldats, mais de tactique et de leaders pour déployer la stratégie fixée par Sa Majesté.

A l’heure d’internet, des générations geek, des réseaux sociaux où tout se dessine, se construit et se déconstruit de manière instantanée, on ne lutte pas contre le sens de l’histoire. Tout le monde sait tout, sur tout et sur tout le monde. Vivre avec son temps et ses évolutions est la meilleure garantie pour toi, Maroc.

Maroc, ne t’oublie pas,

Maroc, tu peux réussir là ou certains veulent que tu échoues.

J’ai écrit en son temps un livre intitulé « Envie de Maroc » pour  partager et dire tes qualités, et parler également de tes défis.

Aujourd’hui, il ne faut pas que cette envie s’estompe. Il faut réactiver le moteur de la fibre patriotique car c’est l’envie d’ailleurs qui est en  train de s’installer et cela n’est pas acceptable pour tous les véritables patriotes, mais humainement très compréhensible.

Maroc, j’ai posé mes questions auxquelles je ne trouve pas de réponses, mais je souhaite comme beaucoup que notre chemin s’éclaircisse pour faire ce voyage auquel chacun de tes enfants aspire : Un Maroc pour tous, Un Maroc avec tous.

Maroc, réveille-toi.

JB

Marocain Résolument Engagé

19 février 2015

Chômage des jeunes : alerte Rouge !

Chômage des jeunes : alerte Rouge !

À l’heure où certains chiffres macroéconomique 2014 pourraient nous conduire vers un optimisme de conjoncture, certes, appréciable pour l’état de notre comptabilité  publique, nous devrions plutôt avoir l’obligation de la pudeur et de l’humilité face aux derniers chiffres sur le chômage.

La réforme de la caisse de compensation est une réforme stratégique et à été mené de manière courageuse politiquement et assumé socialement. Il fallait le faire, le gouvernement l’a enfin fait. L’histoire le retiendra.

Mais une hirondelle ne fait pas le printemps.

Une croissance qui n’inclut pas, de fait, exclut, marginalise et enclenche le cercle irévertueux  de l’échec et gonfle les rangs des extrêmes

Soyons factuels pour éviter tout procès en pessimisme et partant, oublier l’essentiel, c’est à dire comment réagir ensemble à lutter efficacement contre ce fléau qui touche notre principale capital immatériel : notre jeunesse.

Notre pays avec environs ses 950 milliards de DHS de PIB a créé seulement 21 000 emplois en net. Ce chiffre résulte d’un delta entre 58000 création et 37000 pertes d’emplois. Soit un Tx de chômage à 10% au niveau national et près de 15% en milieu urbain (80% des chômeurs sont des citadins).

Je ne referais pas ici l’analyse du détail (voir note du HCP) mais je me concentrerai particulièrement sur les chiffres concernant notre jeunesse.

Dans la tranche d’âge 15 à 24 ans, le taux de chômage est passé de 19,3 à 20,1% et parmi les détenteurs de diplômes de 16,3% à 17,2.

Pour mieux comprendre la gravité de la situation, nous devons prendre nos loupes et bien lire les chiffres concernant cette population de jeunes :

  • Près des deux tiers (62,6%) sont âgés de 15 à 29 ans ;
  • Plus du quart (27,6%) détiennent un diplôme de niveau supérieur
  • Près de la moitié (45,4%) sont primo-demandeurs d’emploi

Face à ces chiffres, comment pourrions-nous, faire preuve de satisfecit alors que nous sommes entrain de marginaliser l’avenir de notre pays.

Comment expliquer le silence assourdissant de la classe politique sur cette situation ?

Est-ce qu’une réponse sur la baisse de la dette, du déficit, du nombre de mois en devise disponibles à cette jeunesse en quête de travail est une réponse crédible et en capacité de les rassurer sur leur avenir ?

Personne ne remet en cause la logique économique. Une bonne santé économique est un préalable mais, ce développement non inclusif ne répond pas aux objectifs d’un pays émergent qui veut donner une place à chacun.

Pour cette jeunesse totalement marginalisé du développement, le discours sur les agrégats économiques est inaudible et cela est compréhensible…

Il est impératif, que nous prenions conscience de la gravité de la situation au-delà de la posture et des mots dans lesquelles nous excellons.

On ne peut pas dire que le chômage est une priorité nationale et ne rien faire ou presque.

Des parties politiques, aux partenaires sociaux en passant par le gouvernement, notre responsabilité est engagée face à ce fléau.

Certes, la baguette magique n’existe pas et il serait dangereux et populiste de faire croire que ce sujet dépend d’un gouvernement seul. Il est le problème de tous.

Il s’agit ici de transcender les idéologies et les postures pour initier un mouvement pour la dynamique économique et sociale.

Sans une croissance continue supérieure à 6%, nous ne résorberons pas le chômage. Oui cette croissance est possible. Mais pas seulement avec de l’incantation.

Il nous faut agir vite et fort en matière de réformes. D’abord, il nous faut être d’accord avec le diagnostic de la situation et le niveau élevé d’urgence.

Education, réforme de la formation professionnelle, marché du travail ; flexibilité responsable, protection sociale, législation, que des réformes urgentissimes et qui pour certaines auront un effet sur le moyen et long terme.

Compétitivité et croissance sont la clé du développement économique. Si, l’on intègre le capital humain et le dialogue social dans la définition de la compétitivité, nous comprendrons alors que l’étroitesse des liens est évidente, et partant, que le temps ne joue pas pour notre pays.

L’augmentation du Smig ne fait pas une politique sociale. Nous pouvons considérer que les revenus sont bas.

Mais le véritable objectif commun est de créer de l’activité (notre tx d’activité est faible et en particulier celui des femmes inférieur à 27%) pour tous et faire en sorte que tous les acteurs payent leurs tribus à la force publique pour bénéficier des services auxquels chacun a droit.

J’en appelle à toutes les parties prenantes de prendre la mesure du défi qu’est l’emploi des jeunes. La mutation de notre modèle économique devient une nécessité absolue pour accélérer notre rythme de croissance.

J’en appelle à toutes les parties prenantes de prendre conscience du risque que nous prenons en restant dans l’inaction.

Ici, il ne s’agit pas d’argent mais plutôt, mais d’avoir les hommes et les femmes innovants pour construire une vision globale et à long terme sur cette problématique.

Pour cela, mettons nous autour d’une table, ici et maintenant.

Jamal Belahrach

3 février 2015

Je suis Dialogue social…

Je suis Dialogue social car le moment est venu qu’une union sacrée réforme notre pays et nous donne les moyens de devenir un pays émergent.

Je suis Dialogue social car l’enjeu de la redistribution des richesses trouve son préalable dans la création de celles-ci.

De quoi parlons-nous ?

Un taux de croissance de 4,8 % pour 2015. Voilà ce que nos prévisionnistes augurent pour notre pays.

Nous devrions nous en féliciter car bon nombre de pays nous envieraient cette croissance. En même temps, soyons réalistes. Cette prévision sera la conséquence directe d’une pluviométrie généreuse et c’est tant mieux pour notre pays et nos agriculteurs.

En revanche, si l’on creuse la croissance hors agricole, nous savons qu’elle est loin de répondre aux enjeux clés de notre pays et, plus particulièrement, celui du chômage.

La croissance, comme chacun sait, ne se décrète pas. Elle est d’abord le fruit d’une vision et d’une stratégie suivie d’un plan d’exécution.

La vision a été clairement exprimée et régulièrement rappelée dans les discours de Sa Majesté. Un Maroc prospère, plus juste, où chaque citoyen contribue en fonction de ses moyens et participe au développement de la collectivité. Un Maroc avec un contrat social par et pour les Marocains qui pérennise notre modèle de société et partant, intégrer le club des pays émergents.

La mise en œuvre de cette vision doit être mieux traduite en stratégies. Certes, des stratégies sectorielles ont été conceptualisées, mais la plupart manquent de cohérence, d’anticipation et de mise en œuvre.

Sachons reconnaître nos échecs et également nos succès. En effet, il est temps que nous gagnions collectivement en maturité et en responsabilité pour redéfinir nos stratégies et nos priorités. C’est ainsi, et seulement ainsi, que nous pourrons dessiner un plan d’exécution efficace avec des indicateurs pour mesurer nos voies de progrès.

Les enjeux de notre pays sont connus à travers différents rapports et, sur ce point, il y a un large consensus :

  • Une croissance supérieure à 8 % durant au moins dix ans pour commencer à résorber notre chômage devenu structurel,
  • Plus de compétitivité en repensant le coût du travail par une réaffectation des charges qui ne doivent pas être imputées aux entreprises, et une meilleure formation des compétences sur le marché du travail,
  • Une lutte acharnée contre l’informel « structuré » pour rétablir l’ordre concurrentiel et optimiser la compétitivité des opérateurs économiques en luttant  contre la délinquance sociale qui doit être criminalisée, sans quoi les salariés continueront de se sentir en insécurité permanente. Cela procurera à l’Etat de meilleures recettes sociales et fiscales,
  • Des réformes majeures du marché du travail avec une adaptation du Code du travail à l’économie moderne et aux nouveaux enjeux des entreprises et des salariés,
  • Un texte sur le droit de grève pour installer la confiance avec les opérateurs économiques et les futurs investisseurs, et ne plus les laisser en insécurité permanente jusqu’à mettre en danger la pérennité de leur outil et de leur capital,
  • le déploiement d’une flexibilité responsable pour donner plus de souplesse aux acteurs économiques et plus de sécurité aux salariés,

La liste peut être plus longue, mais il s’agit là de fondamentaux pour relancer durablement la machine à fabriquer de la croissance et la création d’emplois ainsi que l’accompagnement des plans sectoriels qui sont déjà en exécution.

Cependant, toutes ces réformes ne pourront prendre forme sans un dialogue social construit, durable, dans un esprit de patriotisme avéré, sans calcul ni agenda particulier.

Car le monde vit une période de profondes mutations qui impose de redéfinir les modèles de gestion, de management, de proposer de nouvelles valeurs et de réinventer les systèmes sociétaux.

Nos entreprises évoluent dans un monde ambigu et complexe où les certitudes n’existent plus, un monde où la croissance est moins une affaire de développement qu’une stratégie de réduction de coûts.

Le dialogue social n’est pas une option. Obligation nous est faite de changer de paradigme et d’accepter une rupture dans nos croyances et nos postures sur ce sujet. Le patronat marocain a initié un virage historique dans ce sens avec les syndicats, même s’il reste beaucoup à faire.

Le dialogue social ne doit plus être perçu ni mené dans une logique de gagnant ou de perdant. Ce temps est révolu. Sur ce sujet, il nous faut reconnaître que les syndicats ont fait des efforts. Il reste à confirmer, par des actes forts, leurs engagements dans le projet de transformation de notre pays.

Je suis Dialogue social, c’est mettre nos intérêts catégoriels de côté pour asseoir un contrat social pour tous. Dans cette perspective, l’Etat doit repenser sa vision et installer la confiance à priori comme le socle d’un modèle social partagé. L’Etat doit repenser un nouveau mode de dialogue et l’inscrire dans notre Constitution.

Nous devons collectivement accepter, qu’il n’y a pas de progrès économique sans progrès social et pas de progrès social sans progrès économique.

C’est pourquoi, nous devons impérativement organiser un sommet social pour que nous soyons les architectes de ce nouveau Maroc, où l’entreprise n’est plus perçue comme l’ennemi de l’Etat ou des syndicats, mais bien un co-créateur de richesses pour le bien de tous.

Alors soyons patriotes et changeons de logiques pour réformer ensemble et non pas contre, car rien n’est plus dangereux que les frustrations qui se nourrissent en silence et qui un jour nous réveilleront, hagards. Ce jour-là, il sera trop tard.

Le dialogue social est un enjeu national de sécurité économique et sociale, il nécessite une union sacrée.

Et si nous faisions du dialogue social un élément constitutif de notre capital immatériel ?

Les hommes deviennent grands par les valeurs qu’ils défendent et les actes qui font leurs cohérences.

Alors, nous sommes dialogue social ?

Jamal Belahrach

13 janvier 2014

Tous des samouraïs !

Le temps d’un vol long courrier, j’ai redécouvert le film « Le dernier samouraï ». Plus de deux heures à revisiter une culture, des valeurs, une identité millénaire. Au delà du scénario, il s’agissait pour moi de sortir de l’histoire du film pour entrer dans notre monde dit moderne, mais sans spiritualité si ce n’est le religianisme planétaire qui pousse au crime, voire aux génocides.

Comment ne pas établir de parallèle en essayant de ne pas tomber bien vite dans l’angélisme d’un moment mais bien identifier les soubassements de ce que fait une société ?

Est-ce que vouloir conserver son identité, c’est l’opposer aux autres identités ? Est-ce qu’être attaché à ses valeurs, c’est se mettre en marge ?

Peut-on bâtir une société au 21e siècle sans dénaturer son histoire, sans renier ses origines ? Peut-on vivre avec et dans la diversité sans qu’un groupe puisse imposer un mode de vie ou de pensée à l’autre ?

Pourtant, lorsque l’on regarde chez nous et autour de nous, c’est bien de cela qu’il s’agit. Nous sommes à un tournant de l’histoire où les peuples semblent perdus, manquent de boussole politique et de voie à suivre avec un libre arbitre pour décider du chemin qu’ils veulent emprunter.

Qui peut croire que les démocraties qui fondent leur nid sur l’ignorance des peuples peuvent durer et ne pas se transformer en dictatures d’un genre nouveau, à savoir la populocratie ? Facialement moins brutale mais tellement nocive dans la durée.

Samouraï veut dire servir. Ce peuple dans son histoire n’a fait que cela pour l’Empereur du Japon pour sauver non seulement le trône de l’empereur  mais surtout son histoire, ses valeurs et transmettre sa culture pour le bien-être des citoyens japonais et ce contre les nations hégémoniques de l’époque.

Le parallèle ici est de nature à simplement poser la question : qui pourraient être les samouraïs d’aujourd’hui qui se lèveraient pour défendre les valeurs fondamentales et universelles qui sont en danger à travers le monde et chez nous ?

Plus proche de nous, on voudrait nous faire croire que la démocratie a parlé avec le printemps arabe. Que nenni ! C’est le désarroi, la misère sociale et la rupture avec le personnel politique qui ont mis le feu aux poudres pour aboutir à ce à quoi nous assistons aujourd’hui.

Lorsque votre chemin ressemble à un tunnel dont vous ne voyez jamais la fin, inutile de penser que la partie rationnelle de votre cerveau va prendre le dessus sur la partie émotionnelle.

A l’obscurité du tunnel, on a ajouté l’obscurantisme politique…

Ce modèle ne peut avoir sa place dans un monde épris de liberté. Il existe d’autres voies possibles.

Point de sabre pour combattre mais des idées, des combats intellectuels, de l’éducation et des votes. Mandela disait, « one man, one vote » : un homme, une voix.

Il s’agit ici d’éduquer, de former des citoyens capables de déterminer en conscience le chemin qu’ils veulent emprunter pour vivre dans une société où chacun aura sa place, avec ses différences raciales, culturelles, religieuses. Le Maroc est pluriel. Sa judaïté, son islamité, son arabité, son amazighité et j’ajouterai, une nouvelle identité qui a du mal à assumer sa différence, la diaspora marocaine qui rentre au pays.

Le choix n’est pas entre religion ou laïcité, modernité ou archaïsme, mais entre liberté et liberté. Ne pas chercher à opposer mais à unir.

Nous aussi, nous pouvons bâtir une nation arc-en-ciel.

Le monde a changé, les citoyens aussi. Ils aspirent à vivre leurs libertés acquises, ils veulent décider eux-mêmes de ce qui est bon pour eux ou non, ils n’ont pas besoin que l’on structure leur environnement de vie pour retomber dans une prison virtuelle et dans un terrorisme cultuel et intellectuel.

Ce terrorisme est en train de s’installer… si nous n’y prenons pas garde.

Il est temps d’éduquer, il est temps de libérer l’homme pour libérer la société.

Nous sommes tous des samouraïs car nous aimons notre pays, nous sommes des patriotes. Un patriote ne détruit pas, il construit avec toute personne quelle que soit sa différence

Apprendre à vivre sans ennemi est le début de la sérénité, apprendre à vive avec eux, c’est le début de la sagesse.

Défendre un idéal commun, un rêve pour tous, voilà pourquoi nous devrions tous être des samouraïs.

J’aime mon pays, je suis un samouraï.

26 décembre 2013

Droit de grève, c’est maintenant ou maintenant !

L’état de notre économie, le niveau de confiance des investisseurs étrangers et des nationaux, le sentiment d’injustice que peuvent ressentir les salariés, l’insécurité permanente dans laquelle se trouve l’entreprise, nécessitent des réformes majeures et courageuses en dehors de toute tentation dogmatique.

Au Maroc, nous vivons une expérience politique à visage démocratique qui nous procure une stabilité de façade. Mais sans une dynamique économique et sociale concomitante, nous restons dans un développement non durable…

L’incantation, le populisme ne sont pas une politique. Ce sont nos actes et notre courage qui déterminent notre patriotisme et notre sens de l’intérêt général.

Il y a au moins un acquis sur lequel toutes les parties prenantes sont d’accord aujourd’hui : le progrès économique se conjugue avec le progrès social, et le progrès social avec le progrès économique.

Forts de cela, nous pouvons bâtir les socles nécessaires à la création de richesse et par conséquent, créer les conditions pour que l’entreprise, seule créatrice de richesse, puisse travailler, innover et se développer en intégrant toutes les parties prenantes au sein de son entreprise.

En cela, la confiance installée entre le patronat et les syndicats au Maroc est une avancée historique sur laquelle il faut bâtir une dynamique de progrès. Nous savons que le secteur privé doit jouer un rôle majeur dans cette dynamique économique et sociale.

Pour y arriver, il est vital de lever tous les freins à la confiance et à l’investissement. Dans ce cadre, le droit de grève doit être organisé, encadré, afin que les salariés puissent jouir de ce droit constitutionnel et que les entreprises puissent jouir de leur droit de travailler.

Aujourd’hui, nous sommes arrivés au seuil de tolérance zéro. La situation devient inacceptable car n’importe qui, n’importe quand peut casser un outil de travail et mettre en péril une économie et des points de croissance dont nous avons besoin.

Quand l’économie est en danger, des salariés agressés, la puissance étatique se doit de ne pas rester inerte. Quand les jugements sont prononcés pour l’arrêt d’une grève, ils doivent être appliqués.

Comment accepter qu’un groupe de salariés sans légitimité syndicale puisse déclencher une grève ?

Défendre les droits bafoués des salariés est fondamental, mais cela doit se faire dans des cadres de concertation normalisés et ils existent. La maturité des centrales syndicales aidant, avec le patronat, il a été mis en place un dispositif de médiation pour prévenir les conflits. L’expérience a montré que lorsque celui-ci a été déclenché, 100% des conflits ont été réglés.

Aujourd’hui, il y a une réelle convergence d’intérêt entre les syndicats et le patronat marocain y compris l’Etat pour organiser l’exercice du droit de grève.

Pour les syndicats, grâce à un texte sur le droit de grève, ceux-ci seront renforcés car seuls les syndicats représentatifs pourront déclencher une grève et à défaut de syndicat au sein de l’entreprise, un comité de grève créé avec une majorité des salariés sera légitimé.

Ceci est un moyen efficace pour lutter contre la fragmentation du champ syndical (plus de 35 syndicats).

De plus, la liberté syndicale est acquise constitutionnellement et totalement intégrée par le patronat. C’est dire les avancées que le patronat marocain a fait ces derniers temps. Faire le déni de ce postulat, c’est se mettre en danger social.

Convergence d’intérêt avec les entreprises car celles-ci veulent faire ce qu’elle savent le mieux : investir, créer des richesses et des emplois à la clé et ce dans la sérénité. Plus les règles seront claires, plus les syndicats sont partenaires et impliqués, plus notre pays avancera dans le progrès humain.

Enfin, l’Etat trouvera son compte dans un texte car il aura moins de conflits à gérer et sera moins sollicité du fait d’un dispositif qui responsabilisera les acteurs sociaux : patronats et syndicats.

Un texte sur la grève n’est pas un luxe, mais bien une nécessité absolue pour notre économie et un message fort à la communauté économique nationale et internationale y compris aux salariés.

L’IPE vient d’être validée par le patronat et les syndicats. Cela montre que les uns et les autres peuvent se mobiliser pour l’intérêt général.

2014 est l’année du courage politique et des réformes que j’appelle absolues ! Celle sur le droit de grève est vitale. Le chef du gouvernement s’y est engagé dés 2012, l’ancien ministre de l’emploi pour le premier trimestre 2014.

Après 2014, nous entrerons dans des années de campagnes électorales et cela n’est jamais bon pour l’économie, ni pour le social.

L’engagement doit être tenu pour crédibiliser la parole politique et redonner confiance aux acteurs économiques et sociaux qui sont également des citoyens.

Nous sommes dans un moment propice car les lignes ont bougé au sein des centrales syndicales. Avant c’était non. Aujourd’hui, ils disent oui mais. C’est un pas historique.

2014 doit entrer dans l’histoire car c’est l’année où le texte sur le droit de grève devra voir le jour dans l’intérêt du Maroc et des Marocains.

Droit de grève : c’est maintenant ou maintenant !